Une part de vérité

Publié le par Alsciaukat

Tours
Léopold

l__opold.jpgDes rires qui viennent d'en bas. Des rires accompagnés du son de la télé, qui parviennent à passer le seuil de ma porte, arriver jusqu'à mon lit. Les ombres autour de moi qui dansent, tandis que la fatigue me fait vaciller l'esprit. Debout en haut des escaliers, fixant la lumière blafarde qui s'étale au sol, en bas, en provenance du salon. La lumière tâchée de ronds noirs imprimés dans mes prunelles. Plus de rires. Le son de la télé, encore. Et autre chose. Un bruit mouillé, récurrent, un bruit qui
« Tu viens pas manger ? »
Je regarde Georges en clignant des yeux. Ca a sonné, et autour de nous, les autres plient leurs affaires pour courir au restaurant scolaire. Et pourquoi Georges m'attend-il ? Je mange seul, depuis quelques temps déjà. « Tu manges toujours tout seul, j'me disais que t'aurais pu venir avec nous, ou bien moi venir avec toi. »
Qu'est-ce que tu veux, vraiment, Georges ?... Tu n'es pas gay, j'en suis certain. Je ne t'ai jamais fait de signes amicaux, ou presque. Bah. Pourquoi pas. Je me lève, range également mes affaires. Avec un peu de chance, les autres seront peinés qu'il mange avec moi et non avec eux.
Nous descendons les escaliers dans un silence à peine troublé par les quelques traînards qui ont été plus lents que moi. La cour est inondée de soleil, et la chaleur nous submerge aussitôt que nous posons un pied dehors. Georges écarte son col de son torse avant de le laisser retomber, pour faire un bref courant d'air. Il me jette un coup d'oeil pour lire sur mon visage ce que je pense de la température, mais je n'en pense rien.
Nous avançons vers la file d'attente, quasiment vide à part quelques élèves de notre classe et trois filles dont je ne connais que le prénom pour l'avoir entendu en passant. Nous nous rangeons derrière elles. Georges a envie de parler, je crois, mais il se retient. Tant mieux.
Le bâtiment nous avale, je passe ma carte dans la fente prévue à cet effet, et passe le tourniquet une fois le voyant devenu vert. Routine. Je saisis un plateau, que je tiens verticalement afin que l'eau qui y croupit irrémédiablement s'évacue ne serait-ce qu'en partie, en même temps que je prends un couvert de chaque, en prenant garde de ne pas en saisir un sclérosé par la lèpre qui frappe la majorité d'entre eux, probablement du à un lavage un peu trop bref. Je pose le plateau sur les rails, y ajoute un verre, deux tranches de pain. J'hésite devant les entrées. Une part de melon fera l'affaire. En dessert, un yaourt blanc, une crème brûlée. Je prends aussi une pêche. Je prends une assiette du plat principal sans même faire attention à ce qu'il y a dedans ; tout revient au même.
Il y a peu de gens dans la salle, puisque les lycéens ne sont pas là. Ce n'est pas désagréable, loin de là. Je m'installe d'office sur une table à quatre places vide, afin d'éviter que Georges, qui arrive juste derrière, ne propose de rejoindre les autres, qui sont un peu plus loin et nous regardent plus ou moins discrètement. Il ne me pose pas de question, et s'assoit en face de moi, tranquillement. Nous commençons à manger en silence.
« Tu n'écris plus, ces temps-ci ?
- Je prépare autre chose.
- Ah. »
Il marque une pause, pendant laquelle je continue de manger.
« Dis, Léo... quelle est la part de vérité, dans tes poèmes ? »
Je relève la tête, sans vraiment comprendre. Ce sont des poèmes. De l'art, de la création, le produit de mon imagination ; du mensonge.
« Il n'y en a aucune.
- Ca m'étonnerait, cela te ressemble trop, parfois... »
Mes sourcils se froncent tandis que j'essaie de saisir ce qu'il veut dire. Parle-t-on bien de la même chose ?
« Toi, le corbeau. »
Ah. C'est cela qu'il voulait dire.
« Désolé, Georges, l'écriture n'a chez moi pas la moindre fonction cathartique, j'écris parce que j'en ai envie et non pour extérioriser ce que je suis. C'est tout. »
Il a l'air un peu déçu. N'importe quoi. Le corbeau...

Publicité

Publié dans Léopold

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
bien joué
Répondre
A
Euh eh bien merci ^^'
A
Haha, Déneb, quand Bétel sera Nova, tu pourrais être la nouvelle Chef de la Guerre, non? ^^'Bon, le frag, je le commente pas, j'ai peur d'en dire trop sur... sur tout ça quoi :) Mais Alsciau sait combien j'aime encore et toujours ;)
Répondre
A
Merci :) Je vote aussi pour Déneb en Chef de Guerre :P
D
Ah les joies de la cantine du lycée...et puis soit j ai pas compris, soit il est de mauvaise foi le Léo là :-p (hop, une petite faute -mais tout le monde la fait, si bien que cela va finir par rentrer dans l'usage et...les livres de grammaire.- : "après que le voyant soit devenu vert" --> pas de subjonctif après un "après que" car c'est de l accompli. donc on a "après que le voyant est devenu vert". oui ça sonne bizarre au début, mais on s y fait ^^  )
Répondre
A
Euh j'ai pas compris pourquoi il était de mauvaise foi Léo ^^'Sinon merci pour la faute, par contre j'crois que du coup j'vais trouver une autre formulation, parce que la vraie est vraiment pas jolie à l'oreille :/