Marqués au fer noir
Dijon
Julian
Ce soir après la plonge, je rentre à l’appartement par ce même chemin que j’emprunte désormais chaque jour : rue Amiral Roussin, rue du Bourg, rue la Liberté, Place Darcy, rue Docteur Chaussier. Mme Richard me dévisage méchamment depuis sa loge. Je voudrais me retourner pour lui crier : « c’est quoi ton problème vieille peau ? ». Mais je ne bouge pas. Les orages à répétition me fatiguent. J'ai l'impression que le ciel se déchaîne en ce mois de Juin. De quoi tout cela est-il annonciateur ?Dans l’appartement, Lilian et Alexandre révisent, leurs cours étalés sur la table de la cuisine. Je vais dans ma chambre et m’étends sur le lit. Le sommeil est vivace et me prend aussitôt.
Plaines jaunies à perte de vue. Voilà l’enfer couleur de paille. Je connais cet endroit, le bruit des cigales au loin, la chaleur qui trouble l’air alentour. Des fantômes d’enfants courent et jouent entre les bottes de foin, puis s’évanouissent en fumée translucide. Ils ne sont plus qu’un souvenir dans ce paysage de mort.
Tu te rappelles, le sang ? Bleuette, la petite fille nue et le poison infiltré en elle, et tous les enfants MORTS par ta faute, leur cadavres blanchis qui pourrissent sans vie. C’est toi le coupable, c’est toi le meurtrier.
D’où venait ce pouvoir qui jaillissait de tes mains ?
Je me réveille en sursaut. Est-ce que quelqu’un a sonné ? Je me relève, en sueur. La cuisine est pleine d’ombres, rien ne bouge. La lune reflète son éclat dans un objet oublié sur la table. C’est le petit briquet d’Alexandre, à moitié en métal, à moitié en bois exotique.
Je connais ce bois…
Il y a un symbole gravé dessus : trois points reliés. Trois points comme…
La sonnette me brûle les tympans, plus forte cette fois. Je cours à l’interphone.
« C’est Alex, j’ai oublié mon briquet.
- Ok, monte. »
Je réalise alors qu’il est presque minuit, qu’il a peut-être une épreuve de bac demain, que ça n’est pas sérieux. Et je ne comprends pas, lorsque je le vois sur le seuil de l’appartement, cette lueur dans ses yeux enflammés, ce regard qui me rappelle Laura.
Est-ce qu’elle comptait vraiment ?
« Mon briquet, demande-t-il, la voix presque tremblante. »
Je le lui tends. Sa main se referme sur l’objet avec avidité. Je le scrute, comme pour comprendre la vérité dans son seul visage. Ces traits me rappellent Laura, ma Laura, je les connais par cœur. Mais tout m’apparaît opaque. Ces points sur tes lèvres…
Comme un œil fixé sur mon Cœur
Et ton Ventre
Et sa Tempe
Marqués au fer noir du Destin.
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