Rêve dernier : l'angoisse
Dijon
Déborah
Cela fait quelques secondes, ou quelques minutes je ne sais plus, que moi et mon double nous tenons les mains. La vraie moi. Je l'avais presque oubliée. Pourtant, elle est si belle. Je ne peux pas la laisser disparaître. Ce serait trop bête maintenant que je viens de la retrouver... Le fil de mes pensées est soudainement interrompu par un grondement qui retentit au dessous de nous. Je lâche les mains de mon alter ego et me concentre sur la surface du lac. Cette dernière, jusque là si calme, est à présent agitée de puissants remous. Bientôt, de grosses bulles, semblant venir des profondeurs du lac éclatent en surface. J'ai le coeur qui bat vite. Très vite. Soudain, un hurlement strident vient me déchirer les tympans. Ca vient du lac, j'en suis sûre. Avant que je n'aie le temps de comprendre ce qui se passe, un mur d'eau se dresse face à moi. C'est comme si une bombe venait d'exploser à quelques mètres sous la surface. Les nappes d'écume qui retombent tout autour de moi me privent de toute visibilité. Un cri me fait sursauter. L'autre moi, il lui est arrivé quelque chose. Je regarde dans toutes les directions mais l'épais brouillard m'empêche de distinguer ne serait-ce qu'une silhouette. Tout à coup, j'entends une sorte de sifflement dans mon dos. Je m'écarte juste à temps pour éviter le coup. A quelques centimetres de moi, une sorte de filament noir flotte dans les airs. Il se tord lentement, tel un lombric agonisant en plein soleil. Une sécretion ressemblant étrangement à du pétrole s'échappe de son extrémité. Je m'éloigne, le plus doucement possible. La créature ne réagit pas. Soudain, plusieurs sifflements, de même nature que le précedent, se font entendre. De toutes les directions surgissent des filaments noirs. Je parviens tant bien que mal à éviter les assauts mais ces derniers se font de plus en plus nombreux. Nouveau sifflement. Cette fois, je n'ai pas le temps de réagir. La créature fonce droit sur mon visage. Ne sachant quoi faire d'autre, je ferme les yeux, attendant l'impact. On dit que l'on voit défiler sa vie au moment de mourir. Mais moi je ne vois rien. Juste l'ombre de mes paupières closes. Et j'entends mon coeur qui bat. Rien ne se passe. Les secondes défilent et rien ne se passe. J'ouvre prudement les yeux. La créature est toujours là, mais pour une raison inconnue, elle ne peut pas m'atteindre. En observant plus attentivement, je remarque une sorte de fine pellicule translucide, tout autour de moi.« Fermer les yeux ne te sauvera pas ! »
Derrière moi se trouve mon double. Debout, me surplombant légrement, elle me regarde d'un air sévère. Un filet de sang coule le long de sa joue.
« Il faut te battre. Sinon, nous disparaîtrons, toi et moi.
- Mais, je ne sais pas me battre.
- Bien sûr que si tu sais ! Tu n'as fait que ça jusqu'à maintenant. Lutter contre tes angoisses. Et te voilà à la source. Ce n'est pas maintenant que tu vas abandonner ? »
Oui. Elle a raison. Je dois lui faire confiance. Je dois me faire confiance. C'est la seule chose qui me reste ; sans ça, je vais disparaître.
Je prends une profonde inspiration et me tourne vers les créatures. En me voyant, celles-ci s'agitent violement et émettent des sifflements de plus en plus stridents. Je les hais. A ce moment, je jette mon poing en avant. Un puissant jet d'eau s'abat sur mes ennemis, les pulvérisant en une miriade de petites particules noires. Je jette un coup d'oeil à mon alter ego, celle ci me fait signe d'avancer. Rassembant tout mon courage, je file à travers la brume. Au fur et à mesure que les minutes passent, je sens l'atmosphère devenir de plus en plus opressante. Je suis dans la bonne direction.
Tout à coup, je sors du brouillard. Je m'arrête. Tout autour, les nuages s'enroulent, comme autour de l'oeil d'un cyclone. Au centre, à une centaine de mètres de moi, se tient une énorme masse noire, pulsante et vibrante, de laquelle s'échappent des dizaines de filaments gluants. Voilà donc la source, l'angoisse. Je m'approche, décidée à en finir.
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