Séléné

Publié le par Aldébaran

Chenôve
Jed
 
jed.jpg« Jed est un sociopathe. »
C’est ce que je me dis de plus en plus. Peut-être est-ce vrai, finalement…
Je suis à une soirée champ. L’avant-veille du bac, s’amuser un maximum. C’est notre devise. Et lundi, baccalauréat. Lundi, c'est aujourd'hui non? Il est tard. Plus que quelques heures. Lundi, jour de la lune.
Epreuve de philosophie. J’ai toujours été très bon là-dedans. A force de réfléchir, on comprend un peu mieux comment marche la vie. Ce qui se fait. Et ce qui ne se fait pas.
Je sais ce qui ne se fait pas. Et ça ne m’empêche pas de le faire.
Je suis à une soirée ; et je ne parle pas.
Je suis ailleurs.
« Jed est un sociopathe. »
Ne pas parler aux autres, surtout. Ne jamais leur expliquer à quel point je vais mal, parfois. A quel point la religion peut m’aider à tenir. Suis-je d’ailleurs vraiment religieux ? Catholique ? Protestant ? J’ai des pensées magiques, souvent.
Je suis Peter Pan.
Autour du feu, danse organisée de prochains bacheliers ; ribambelle de cheveux au vent, de bracelets clinquants, de sandales dans les herbes folles.
Je ne les suis pas.
Je les regarde.
Je les méprise.
Je me dis : « arrête, ça ne se fait pas. » Mais je ne sais m’en empêcher. Je me hais de mépriser le monde entier.
Je suis seul. J’ai toujours été seul.
Je m’en vais un peu plus loin, respirer ma solitude à pleins poumons. Fuir cette joie de vivre ambiante. J’écoute les bruits de la nature. La nature, de nuit ; si vivante. Cigales musiciennes, chouettes ténébreuses. Cri de loup. Celui-ci s’échappe de ma bouche un moment. Sous la pleine lune.
Pleine et rousse, ma belle Séléné. Je te regarde ; tu me caresses de tes rayons bienfaiteurs.
Et elle t’a si tendrement serré à la gorge que tu en as gardé pour toujours l’envie de pleurer.
J’ai envie de hurler à la lune, parfois. Et ce soir, c’est l’idéal. Féminine, pleine et toute en rondeurs ; elle me regarde.
Loup garou. « Gare au loup tapi en toi, Jed. »
Asocial. Je l’ai toujours été.
Je ne parle pas.
« Ça va Jed ? » C’est Ariane qui m’a rejoint. Ma grande sœur, toujours prête à rendre service. Je lui réponds un « oui » d’une noirceur et d’une amertume infinies.
« Jed est un sociopathe. »
Ariane me serre dans ses bras.
Je pleure ; elle recueille les fruits salés de mes malheurs évanescents. Elle me comprend.
Elle me suit.
Elle me regarde.
Et jamais il ne lui viendrait à l’idée de me mépriser.
 
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Publié dans Jed

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