Grand Nettoyage

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian
 
Le chiffon, en passant, efface la poussière. J’ai ouvert en grand la fenêtre de mon temple du sommeil, pour laisser le vent et la lumière y pénétrer et le nettoyer. J’ai chassé le petit papillon de nuit de la veille, collé comme un morceau de scotch, une miette de feuille morte, sur mon plafond incliné. Il paraît que les papillons diurnes utilisent la chaleur du soleil pour voler, tandis que les nocturnes doivent faire vibrer leurs ailes. D’où ce ffflllrrr ffflllrrr incessant. Pauvre petite chose. De toute façon, dans quelques jours, tu seras mort. Je secoue les draps par la fenêtre, et c’est un ouragan de poussière qui tourbillonne entre les photons du matin. En bas, je vois la place Grangier, et les gens qui s’agitent, petits grains dans l’univers.
Mon bureau, où s’entassent toujours papiers et livres renversés, amoncellement de fatras en vrac, est la cible principale de mon action du jour. Le beau temps a réveillé en moi l’envie de respirer un air plus propre dans l’appartement. La rentrée avance, et sachant combien je suis désorganisé, mieux vaut s’y prendre au plus tôt pour ranger. De toute façon, je n’ai rien d’autre à faire. Je n’ai pas oublié ton visage. Ranger pour ne pas y penser.
Je passe mon bras sur le bureau, renversant par terre avec jouissance tout ce qu’il supporte depuis des mois. Le voilà désormais nu et propre. J’aimerais tant qu’il le reste, comme neuf, sans utilité. J’aime ce qui est propre, ce qui est rangé. Cette facette de moi bataille toujours avec l’autre, celle qui laisse sans cesse tout traîner partout, sans scrupules. Je passe un coup de chiffon sur ma lampe de bureau, puis sur la plane étendue du bureau. Je trie les papiers étalés sur le sol, les classe dans un trieur, ramasse les livres épars et les range à leur place, dans ma bibliothèque. Je ne savais pas que j’en avais autant.
Parmi eux, j’en retrouve un non achevé, un marque page l’ouvrant après quelques pages seulement. C’est La Nausée, de Sartre. Aussitôt, mes mains sont parcourues d’un tremblement. Il y a quelque chose derrière ce livre. Quelque chose d’oublié dans ses pages. J’entrevois le goût de la bile qui monte, l’odeur macérée du vomi. L’eau a croupi en moi, cela fait presque un an maintenant. Ce qui est plus fort que moi, ce que je ne parviens pas à affronter, je l’enserre, je l’enterre, je le coule en moi sous des tonnes de terre noire. J’ai voulu enterrer Jill, mais elle s’est échappée de sa tombe. Mais toi, oh oui, toi… Je t’ai enterré en mon cœur et jamais tu n’en sortiras, pas même avec ce livre, pas même avec des souvenirs. Tu resteras à jamais terré en moi, et tu y pourriras, et tes os blanchiront dans cette fosse sans sépulture que j’ai creusé en mon cerveau, et jamais tu ne reverras la lueur du jour.
 
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Publié dans Julian

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B
euh....je relirai ce com plus tard, moi, quand je serai réveillée..... lol
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A
Oui, pas évident évident je te l'accorde.
A
Les liens proposés ne fonctionnent pas. J'en suis désolé. J'ai pourtant cru avoir correctement  utilisé les possibilités du code source en html...Je les donne en clair post poétique : http://www.adamantane.org/article-2383711.htmlrendu honneur :http://www.adamantane.net/echanges/adamancie/numero_04Énnéagramme :http://fr.wikipedia.org/wiki/Enn%C3%A9agramme%5C%5C%5C%22
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A
Pas grave... merci à toi !
A
Les antislatch qui ornent en triades le texte précédent n'ont aucune signification ésotérique particulière...\\\Adamantane
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A
Ahlàlà, ces antislashs... Ils nous pourrissent la vie...
A
Selon la constitution de l\\\'ennéade, si j\\\'en ai bien compris les sept lois du firmament, je ne suis que comète, promesse avortée d\\\'étoile, coeur de glace et  voleur de lumière.C\\\'est un peu avoué sur un post poétique récent mais je n\\\'avais jamais à ce point ressenti la cosmique solitude des astres errants.Dans une préface, j\\\'avais écrit, vers 1990, peu de temps après qu\\\'il y eût de l\\\'Halley dans l\\\'air, et que Giotta l\\\'alla chatouiller :Les astres, dans leurs rotations, leurs révolutions, leurs précessions, que les astronomes veulent décrire, et les astrologuaes décrypter, cherchent-ils la galaxie de leur impossible repos ?Les hommes, dans leurs périples, leurs pélerinages, leurs explorations, ne cherchent-ils pas non plus l\\\'île close d\\\'une inaccessible immobilité ?Les mots eux-mêmes, dans leurs vagabondages à travers les phrases, les lèvres, les livres, ne cherchent-ils pas, à l\\\'identique, la parole où se fondre au silence ?J\\\'ai lu certains des textes, paroles d\\\'étoiles, venus de divers apex de votre constellation reconstituée. Ils méritent attention, car ils portent en eux les promesses de la jeunesse.Dans votre Énnéade, Spica, l\\\'Épi, m\\\'est doublement connu, et je lui ai
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A
Tu as potassé avant de commenter dis donc... Merci pour ton passage, et de rien pour le mien... A bientôt Adamantane.
A
Wah, le passage subit à la nausée est très bien rendu, on passe d'une ambiance plutôt cool et détendue, quand il range son bureau, qu'il trie ses feuilles et que tout va bien, et quand il tombe sur ce livre, ça s'abat violement sur le lecteur, cette envie de vomir, ce mal-être soudain et puissant...
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A
J'en suis ravi si je vous ai donné la gerbe :-P