Azulor
Dijon
Sylvia
Lumière blanche aveuglante. Mon cœur fatigué bat plus vite que d’habitude. J’ai peur. Vrombissement des roues. Murmure des voix qui m’enveloppe d’une atmosphère irréelle. Je ne sais où on m’emmène, mon esprit devient fou, je ne veux pas y aller, je ne veux pas, laissez-moi ! On arrive devant une porte, c’est elle qui nous éclaire depuis tout à l’heure, elle prend des apparences angéliques pour mieux dissimuler ce qu’elle cache. Mama ! Tu ne peux pas faire ça ! Tu ne peux pas être de leur côté ! N’ouvre pas cette porte, je t’en prie, n’ouvre pas, ils vont m’achever, ils me trancheront la gorge, ne me laisse pas !Je tombe en avant, dans un tourbillon blanc, et mon hurlement se perd dans le néant. J’atterris à genoux, dans une grande prairie. Il y a un léger vent, l’herbe est verte. Je me relève, mon fidèle jean à mes fesses retrouvé ; mon corps est comme plein d’énergie. Je me met à courir, je hurle « HHHHHHHHHHHHHHHAAAAAAAAAAAAAAAAA » aux nuages cotonneux, je me libère. Un lapin traverse mon champ de vision. Puis un deuxième. Suivi de touts petits lapereaux bleus. Le plus gros des nuages descend, une fine ouverture se fend entre ses lèvres de barbe à papa, je vois qu’il me parle, je sais que j’ai compris, mais une seconde après, j’ai déjà oublié. Un lapin rose se faufile entre les filaments du nuage, il le grignote. Comme le nuage est mon ami, je prend le lapin dans mes mains, et le caresse. Sa chaleur passe par mes mains, jusqu’à mon cœur. Je ne sais ce qu’il me prend, mais je jette en l’air le petit rongeur, qui devient de plus en plus petit ; il se transforme en papillon bleu et or. « Azulor… » articulé-je dans un souffle. Il volette un peu autour de moi, puis s’envole haut, très haut, je ne le vois plus. Mon sourire retombe, je suis un peu triste, il est parti. Je m’assieds sur le nuage, et en arrache un morceau que je mâchouille consciencieusement, c’est léger, sucré, et ça devient sirop de grenadine dans ma gorge. J’observe une fourmi qui escalade un brin d’herbe géant, il fait au moins ma taille, puis je relève la tête. Un petit point illuminé m’arrive dessus en titubant. Le papillon bleu et or s’approche de moi, et je sais déjà que ce qu’il m’apporte, c’est un morceau de soleil.
Le claquement de porte fait frissonner mes murs. J’ouvre les yeux. Rien n’a changé, je me sens toujours aussi faible, à peine requinquée par les chocolats chauds de ma Carlotta. Je tourne la tête. Elle est toujours là. Pourquoi ce claquement ?
« Ca va, ma belle ? » Elle me caresse le front, les cheveux.
« Il est sympa, le mec de l’étage du dessous. Il est passé voir comment ça allait, et je crois qu’il a oublié sa brique de lait. »
Foutue porte.
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