Comme si j'étais un des vôtres

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian
 
Avenue du Drapeau. La dernière fois que je suis venu chez Florian et Elodie, ces derniers venaient à peine d’emménager. Depuis, ni eux ni moi n’avons pris la peine de renouveler cette expérience. Eux, trop occupés à travailler et à élever leur fille ; moi, trop détaché des liens familiaux pour m’y résoudre. Ce matin, leur coup de téléphone, cette invitation soudaine, inattendue, m’a quelque peu surpris. Je suis désolé Maman, je t’avais promis…
En deux ans, l’appartement n’a pas changé. Il semble même plus neuf qu’il ne l’était la première fois que j’y suis venu, lors de la crémaillère. Pourquoi m’avez vous invité ? Les murs écrus impeccables, comme si la peinture avait été refaite la veille, le sol parfaitement entretenu, pas la moindre trace de poussière ni d’aucune sorte de saleté. Un appartement moderne et lumineux, vaste et propre, complètement contaminé par l’occidental way of life de mon frère et de sa femme.
Elodie vient m’ouvrir la porte. Ses cheveux châtains ondulés qui sentent si bon. Son visage bien fait au teint vanille. Sa voix lente quand elle parle. Tu es bien gentille, belle-sœur, mais Maman m’en voudra d’avoir préféré ton foyer au sien, ne serait-ce qu’une fois. Etait-ce cela que tu voulais, en m’invitant ici, comme le croiras sans doute Maman ? Me voler à elle ? Petite Vestale, dis moi où est le dieu guerrier, mon frère aux larges épaules. Le voilà qui arrive, justement.
Brusque poignée de main, tes doigts qui broient mes phalanges. Quoi, on ne s’embrasse plus, frangin ? Les moments d’intimité s’évanouissent en présence de ta femme. Ces instants sont réservés aux étoiles, à ces soirées silencieuses sous la voûte immense. Nout te révèle, sous son ventre de femme. Dis moi, mon frère, que s’est-il passé, il y a quelques années ? Que s’est-il passé avec Lilian ?
Et voilà la petite Léa, ma nièce. Un an et six mois, ou presque. Elle est debout devant moi, elle me regarde. Nous renouvelons notre petit rituel, ces quelques secondes durant lesquelles nous nous toisons l’un l’autre. Mes grands yeux d’homme dans ses petits yeux d’enfant. Puis nous sourions. Je crois qu’elle m’aime bien, cette gamine. Je la prends dans mes bras. Ainsi il sera plus facile de faire semblant, de m’insérer parmi vous, comme si j’étais un des vôtres.
Comme si nous nous aimions.
Publicité

Publié dans Julian

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
la dernière phrase est tristounette... snif<br /> les rapports familiaux, c'est un thème qui revient svt ac julian j'aime bien.
Répondre
A
Ui, c'est terrible, cette manière dont il semble se forcer, cette hypocrisie... Et pourtant au fond il semble y avoir quelque chose de plus, un reste de chaleur, une envie presque inconsciente de voir des liens se créer, ou se recréer. Mais tout seul il n'y arrivera pas.
Répondre
E
Tout comme j'aime. Froid oui, incisif. Prenant.
Répondre
B
me revoilà!!!!j'aime!! belle description des rapports familiaux difficiles, et puis forcément, toujours aussi bien écrit...hey non pas de remarque négative ce soir...demain, peut-être??
Répondre
A
Bah non, j'espère pas spécialement :D
A
c'est beau. et froid. ya rien a dire, j'adhère... jadore.
Répondre
A
Ah... la chaleur des liens familiaux...