Relecture (troisième étape)

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian
 
Il le faut. Je l’ai compris. Je dois achever ma relecture. Ainsi seulement je pourrai retrouver mon chemin et recommencer à écrire. Ecrire. Des mots-talismans pour conjurer mes angoisses, faire reculer mes vertiges. Les détruire, même. Terrasser une à une toutes ces peurs qui courent en moi. Le Miroir d’abord, afin de rabattre sa morgue qui me toise chaque matin au dessus du lavabo. Et le Papier aussi, qui crisse et me ronge sans cesse. Mais le Temps… Est-ce vraiment raisonnable de s’attaquer au plus grand de tous les Vertiges ?
Je me suis installé à mon bureau, face à la vaste étendue froide de la ville. J’ouvre le petit cahier.
 
Vendredi 11 Août
L’idée du dieu survient. Mon personnage sera un descendant d’Apollon perdu dans notre siècle. Une réflexion sur la différence entre les êtres, les forts et les faibles, les beaux et les laids, les aveugles et les lucides. Contrer la morale qui nous écrase, ou justifier mes errances ?
 
Samedi 12 Août
Je suis retourné chez Nathan. Arthur est désormais un descendant d’un dieu antique. Nathan est mon Modulateur et grâce à lui, tout sera morbide. Il décante en moi la pulpe de noirceur. Je suis un fruit interdit. Les vers qui me dévorent sont nourris de poison.
 
Dimanche 13 Août
J’ai déchaîné mes lignes les plus sombres. Arthur les a tous tué, il a propagé la peste et réduit à néant l’éden de la colonie de vacances. Massacre à l'épidémie. Hécatombe des enfants sucrés. L’horreur se déplace et tue tout sur son passage. Je me sens assassin, je me sens démon. Bienvenue dans le jardin de mon âme enténebrée.
 
Et puis Gautier a rit, le lendemain, en lisant mes écrits. Le rire qui blesse. Non, ne me méprise pas. Tout sauf ça. Ton mépris me saigne, ton mépris me tue. Je ne veux pas ça, je n’ai pas voulu. Me venger de ton mépris que je ne peux supporter. Le temps des imprécations. Je me dégoûte. Je me méprise. Ca me fait jouir et ça me torture. Méprisez-moi… Crachez sur moi vos rires les plus infâmes, les plus pointus, des rires à vifs pour me brûler et m’entendre hurler. Je me dégoûte. A croire que je suis un dieu, que je vaux mieux que toi, que je vaux mieux que vous. Je suis un dieu, non pas de lumière, mais un dieu mortifère. Un dieu qui puise dans le trou béant de ses ténèbres intérieures. Mon cœur en est gorgé, il ruisselle d’ombres et de miasmes. Vous riez, n’est-ce pas ? Vous êtes tous comme lui, vous me sous-estimez. Mais vous subirez mon juste châtiment. Je vous montrerai. Je vous peindrai un monde sans haut et sans bas. Je sais désormais que j’en suis capable. Je vous jetterai à la face l’horreur la plus crue dépecée de mes dents acérées. Le cortège macabre de vos peurs enfouies est la cohorte de ténèbres qui m’escortera jusqu’aux Enfers. Je n’ai pas peur.
Vraiment ?
Non, je n’ai pas peur.
Vraiment ?
Ta gueule, ta gueule, ta gueule ! Merde, je suis plus fort que toi !
Nous verrons, alors…
Très bien Julian, si tu veux la guerre, tu l’auras.
 
Publicité

Publié dans Julian

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
dites vous faites ds le schizo ac betel la non? :P<br /> bien ce fragment, bien... moi je pense qu'on perd fasse à sois mm mais bon...
Répondre
E
je dirais plutôt qu'à ce jeu là on perd toujours, mais qu'il le faut si on veut un jour reprendre le dessus ;-)<br /> toujours très bien écrit ! Tu excelles dans ce style exalté.
Répondre
J
Joli texte Altair. Merci de ton passage.
Répondre
A
J'aime vraiment pas mal, toujours... C'est assez crédible, à mon sens, et le style me plaît beaucoup, les champs lexicaux utilisés, tout ça est du plus bel effet. Je me demande juste s'il saura redescendre un jour de ce trône qu'il se bâtit lui-même, à priori sans comprendre la vanité de la chose...
Répondre
B
pffffff.......moi quand je pense à ce que t'as prévu pour Julian (mais non je ne sais pas tout, mais en gros!) j'ai envie de te hurler : MAISS NOONNNNNNNN FAIS PAS CAAAAAAAAAAAAAA!!!!arf...
Répondre
A
Hehe... (rire machiavélique)