Vacances
Saint Avertin
Léopold
Que vais-je faire durant cette pause dans le rythme scolaire ? Rien ne m’a plus énervé, ces derniers jours, que les incessants « Ah, vivement les vacances ! » qui fleurissaient partout autour de moi, en cours, dans les couloirs, et jusque dans la cour où, incapables de profiter de l’instant présent, ils se projetaient tous à plus tard en tentant de se persuader que ce serait mieux. Je ne vois pas l’utilité des vacances ; on s’y relâche, on y travaille moins, on oublie ce qu’on a fait avant, bref il s’agit plus d’une interruption que d’une pause. La petite fenêtre clignote en bas de l’écran. Je ne réponds pas. Nathan est étrange, il refuse toujours de me donner son nom, et il n’a pas l’air d’accrocher lorsque je joue le rôle que je me suis confectionné pour lui. Je vais attendre de le connaître un peu plus afin d’être sûr de forger ce qui lui plaira. Pour l’instant, il m’énerve, à jouer au plus fin, et en même temps il me plaît, justement parce qu’il lui arrive de gagner, contrairement à tous les abrutis à qui j’ai eu à faire jusque là. Je ne vais pas le louper, celui-ci. Je ne vais pas juste l’abandonner comme Guillaume, je vais aller jusqu’au bout et voir ce qu’il a dans les tripes. Je ne sais même pas comment il a eu mon adresse, par qui, pourquoi. Il paraît presque toujours connecté, en soirée du moins. Hier, je l’ai vu se mettre deux fois en absent et ne le rester que quelques minutes chaque fois. N’aurait-il pas plus de vie sociale que moi ? Saurait-il qui je suis, ferait-il comme moi ? Je ne peux m’empêcher de me poser ces questions, quand bien même elles me paraissent légèrement paranoïaques. Et puis je me dis finalement que j’ai le temps pour le découvrir. Je n’ai juste pas envie de lui parler pour le moment. Mon statut est de toute façon absent, il ne devait pas s’attendre à une réponse lorsqu’il m’a envoyé son message, à moins qu’il ne soit mon voisin d’en face et m’observe actuellement prostré devant mon ordinateur.
Un des seuls avantages que je voie dans les vacances est le fait d’être enfin coupé des autres élèves. De Marie, en particulier. Je ne comprends toujours pas pourquoi elle et les autres sont venus à ma table, hier midi. Ils ont prétexté que c’était le dernier jour, mais ça sonnait faux. Et dans leurs regards, à tous, il y avait cette haine jouissive, qui démentait chacun de leur geste. Pourquoi cette comédie ? Je leur ai donné le numéro du concierge de mon collège quand ils m’ont demandé le mien. C’est le genre de choses qui vexe bien, en général. J’espère qu’ils le prendront mal.
« Léopold, tu viens manger ? »
J’arrive, papa. Je n’ai pas bien compris la raison pour laquelle il a pris un congé aujourd’hui. Il a vaguement parlé de bricolages à faire pour ce week end, sans doute parlait-il de ces deux journées de merde que je vais passer chez ses parents, où je serai encore confronté à quelques cousins. Quant aux bricolages en question, je n’ai pas la moindre idée de ce dont il peut s’agir.
Trois coups retentissent à ma porte, qui s’ouvre aussitôt après, laissant apparaître la tête de mon père. Il a les cheveux en désordre, et n’a pas ses lunettes.
« Tu as entendu ?
- Oui, oui… »
Je me lève et le suis.
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