Eclats d'un bol brisé

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian

L’air entre dans mes poumons et les remplit doucement, gonflant ma cage thoracique, tandis que ma main exerce une pression décisive, quoique légèrement inquiète, sur la poignée de la porte d’entrée du 148 Avenue Victor Hugo. Pense à Lola. Maman me saute littéralement dessus, complètement surexcitée. Elle est un peu énervée, je le sens, mais il est vrai que je ne donne guère de nouvelles et que cela faisait plusieurs dimanches de suite que je manquais le repas de famille. Je ne tarde pas à apprendre qu’une fois encore Elodie s’accapare Florian et Léa, ce qui ne fait qu’augmenter la colère de Maman. En passant devant le bureau de Papa, j’entraperçois la silhouette de ce dernier, rigide serviteur du Papier, qui travaille assidûment sans prendre la peine de relever la tête jusqu’à moi. Qu’ai-je fait pour que tu te comportes ainsi avec moi, Papa ? Je crois savoir, je crois deviner que mes études y sont pour quelque chose, mon silence aussi. Sans doute ne suis-je pas le fils que tu voudrais avoir, je ne suis pas comme Florian c’est vrai, mais est-ce vraiment une raison ? Je veux dire, est-ce vraiment la raison pour laquelle tu ne me parles plus ? Depuis combien de temps n’avons nous pas communiqué toi et moi ? Depuis aussi longtemps que je ne lui ai pas adressé la parole. Silence mutuel. Nous verrons cela plus tard.
Maman a cuisiné des lasagnes. Elle se réfugie dans la cuisine pour finir de préparer son plat du jour, son œuvre qu’elle désire parfaite. Je me retrouve seul, dans le salon de mon ancien chez-moi, cela me fait bizarre. Ce salon où ne parviennent que quelques bruits en provenance de la cuisine : c’est Maman qui râle toute seule parce qu’elle a renversé quelque chose. Bruit de porcelaine cassée. Je m’assieds sur les canapés, face à la cheminée, puis me relève aussitôt et m’approche de la fenêtre, dont je soulève le rideau d’un revers de la main. Je peux voir la cour, et la rue qui mène à mon ancien Lycée. Des souvenirs m’assaillent de toutes parts, flous, indistincts, des morceaux de mémoire épars, comme les éclats d’un bol brisé, sans contours. Un jeune Julian et ses deux frères qui jouaient et se chamaillaient sans se haïr, un père qui soufflait sur les braises dans cette cheminée devenue vide, pas encore enfermé dans son mutisme glacial, et une mère qui, finalement, n’a pas tellement changé, et porte seule le poids de cette petite famille qui grandit, année après année.
Voici Lilian qui débarque, la mine renfrognée, ses cheveux longs châtains lui retombent devant les yeux – au grand désespoir de Maman qui aimerait les lui couper depuis longtemps déjà. Je voudrais lui demander comment va sa petite amie, savoir où il en est, m’intéresser à sa vie. Bien entendu, je me tais, un vague « salut » suffira amplement. Que croyez-vous donc ? Je suis le digne fils de mon père.
Une famille comme les autres, tout compte fait.

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Publié dans Julian

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A
C'est un moteur ou un poids, ça dépend simplement du moment, de la personne, de la famille :)Chouette fragment sinon, calme, très posé, assez lucide. Qui coupe un peu des derniers, qui fait un lien avec le passé, j'aime bien :)
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A
Ton opinion sur la famille fait un peu relativiste... mais merci quand même, au moins d'avoir commenté et donné ton avis ;)
A
Bien joué pour le preum's Déneb, et merci. Oui, un frag d'Altaïr sans métaphore, c'est bizarre. Et la famille, toujours pareil. Si vous voulez en débattre, n'hésitez pas, le sujet n'est jamais clos : la famille est elle un poids pour l'épanouissement de l'individu ou bien un moteur de son envol?
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D
PREUUMMMMSSS ah (re)voilà le père dont tu m avais parlé...Toujours aussi fluide et bien écrit avec une jolie métaphore (comme souvent :-p)la famille...on l'aime quand même... et malgré tout.
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