Flux et reflux
Dijon
Julian

Un peu d’oxygène avant la plongée en apnée. Je ne suis pas venu manger aujourd’hui, mais prendre le café avec Maman. Il paraît que Papa ne sort plus de son bureau depuis qu’il a ses maux de tête, que Florian a encore été accaparé par la famille d’Elodie, et que Lilian passe ses journées avec son « amie ». D’ailleurs ils sont dans sa chambre en ce moment même, en train de « réviser leurs mathématiques ». J’aimerais bien voir à quoi ressemble cette fameuse « amie » dont j’ai entendu parler depuis si longtemps. Après tout, il ne s’agit peut être pas de la même, mais j’ai du mal à imaginer Lilian comme un Dom Juan du Lycée, ramenant chaque dimanche une nouvelle conquête à la maison. Parfois, avec ses cheveux longs qui lui tombent devant les yeux et son air égaré de zombie, mon frère ressemble un peu à un ado attardé. Que peuvent-elles bien lui trouver ? Tu es jaloux Julian ? Parce que toi tu n’as jamais ramené quelqu’un à la maison quand tu étais au Lycée ? La ferme ! Je me demande si c’est bien MA voix, cette aigreur au fond du crâne qui me contredit sans cesse. Il faut qu’elle me connaisse vraiment bien pour parvenir à me placer ainsi face à moi même, comme un miroir. Est-ce que ça ne serait pas plutôt SA voix ?…Maman me sert une tasse de café. Comment fais-tu pour le faire si bon, alors que tout ce qui sort de ma cafetière le matin n’est qu’une mixture noire au goût âcre imbuvable ? C’est la Toscane et l’Italie qui coulent en toi, Maman. Je voudrais te parler de Lola, ma belle Lola qui, quand elle ne me donne plus de nouvelles pendant trop longtemps, me torture de sa non-présence et ravive en moi la flamme d’un amour embrasé, mais non, rien à faire, ce n’est pas comme pour Jill, cette fois-ci rien ne sort. Il est encore tôt, je sais, mais pourquoi, je ne comprends pas, qu’on me dise pourquoi c’est si dur, à chaque seconde, de sentir que je l’aime puis d’en douter aussitôt, le flux et le reflux de mes sentiments comme une marée capricieuse ! Pendant un instant je me ravis de notre situation, je la contemple béat sans me poser de question, puis aussitôt je souffre de penser à son ex petit ami, ce Ludovic que je déteste, tout comme j’ai détesté Sébastien et comme je déteste Jonathan. Je souffre de mon incapacité à la posséder toute entière, de savoir qu’elle n’a pas toujours été mienne et ne le sera pas non plus jusqu’à la fin. Et maintenant, es-tu mienne, ma petite fleur d’alizé, ou bien n’est-ce encore qu’une vaine illusion ?
Pourquoi Ca n’est-il pas un élément stable, minéral, placé en mon Cœur et y dormant paisiblement ? Pourquoi faut-il que Ca change sans cesse sans jamais se figer, que Ca soit indomptable. Ca chercherait-il à prendre le pouvoir sur moi ? Jusqu’où seras-tu un ennemi, mon Cœur ? Nous cristallisons les gens dans les images qu’ils nous offrent, nous les voulons immobiles et inaltérables, alors que nous fluctuons à chaque instant. Nous sommes perpétuellement en devenir. Ne me figez pas dans vos cœurs, ne me tuez pas. Lola, je ne veux pas te tuer, mais il faut pourtant.
Un joli papillon accroché au mur de mon Cœur.
Publicité