... avec trois petits points sous-entendus, parce que nous ne trouvons jamais le mot juste

Publié le par Déneb

Lille
Suzanne

Ne relève pas la tête, même si tu l’as vu de loin entrer dans la BU. Concentre toi, regarde plutôt ton cours de géographie. Non, ne relève pas la tête, fais comme s’il n’existait pas, d’ailleurs il n’existe plus, c’est bien ce que tu t’es dit quand tu l’as vu l’autre jour dans ce couloir, non ? T’a-t-il vu, assise à cette table de bois, penchée sur la carte géomorphologique de Dunkerque, ta longue chevelure blonde relevée en une queue lâche ? Enfin… pourquoi te remarquerait-il parmi les dizaines de personnes assises à de similaires tables de bois ? Ne relève pas la tête ! Non, il ne vient pas vers toi…
« Bonjour »
Ne relève pas… trop tard. Je t’aurais prévenue…
« Bonjour Benjamin.
- Je peux me mettre là ?
- Oui, oui vas y, dis-je en poussant mes affaires. »
Il sort de son sac un stylo, quelques feuilles blanches et ce qui doit être un devoir de mathématiques. Mmmh, charmant. J’aperçois vaguement sur la feuille polycopiée des chiffres, des racines, des carrés… Je ne comprendrai jamais l’intérêt de calculer des dérivées de fonctions bidules chouette machin chose, autant de noms aussi barbares qu’incompréhensibles. Mais bon, si ça les amuse…
Je feins de l’ignorer superbement, concentrée sur ma carte, entre plateaux, plaines et talus qui se confondent peu à peu devant mes yeux. Car le cœur n’y est pas. Une question presse mes lèvres et m’empêche de penser à autre chose qu’à ces deux corps soudés de manière obscène dans ce recoin sombre. J’entends la griffure sèche de son stylo sur le papier, je peux même presque en suivre à l’oreille les mouvement saccadés, donnant peu à peu vie à des chiffres qui résoudront équations et autres problèmes abstraits. Le bruit s’arrête. Je relève la tête et rencontre ses yeux verts. Puis un sourire, fulgurant et délicieux, traverse son visage. Je saisis cet instant d’abandon au vol : 
« Ca a l’air de plutôt bien marcher avec Julie. »
Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je viens d’aborder un sujet éminemment délicat… : son doux sourire s’efface pour laisser place à un embarras mâtiné d’agacement. Bon d’accord j’y suis peut être allée de manière *un peu* abrupte… Mais je n’y peux rien, ça me démange depuis une semaine.
« Pourquoi tu dis ça ? 
- Bah, l’autre jour, dans le couloir…vous deux…
- Non mais… »
Il se tait, comme s’il cherchait à trouver les mots justes. Ou une excuse. Car ce couillon, il embrasse Julie d’un côté, et me sert mots doux et courbettes de l’autre. Non mais, faut pas pousser mémé dans les orties non plus. Surtout quand elle n'a pas de culotte. Il me sourit à nouveau. Mais cela tient plus du rictus confus.
« C’est compliqué avec elle… »
Bah tiens. Et puis quoi encore ? Il n’avait pas l’air de trouver ça très « compliqué » quand il explorait les tréfonds de sa cavité buccale.
« Je vois. »
Il m’énerve franchement là… Et je sens qu’il va nous être difficile de reprendre une conversation normale. Il a dû percevoir mon irritation car il se replonge sans un mot dans ses mathématiques. Il me faudrait un moyen honorable de me sortir de l’auberge. Je ne vais pas partir comme ça, il considérerait mon départ comme une fuite… Mon portable vibre sur la table. Ouf.

Nouveau Message
Envoyé par Damien le 19/11/2006 à 17h36
Je suis en bas de la BU...
 
Damien, mon sauveur.
« Désolée, je dois filer
- Un rendez vous ? »
Je fais la moue. De quoi se mêle-t-il ?
« On peut dire ça, oui. »

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Publié dans [Suzanne]

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Commenter cet article
L
Désolé, je viens en plus de m\\\'apercevoir que sur mon commentaire , j\\\'ai fait des fautes de frappes ( absence de lettres ou dislexie ... fianl = final )-<br /> - veut ce que désir et désir ce que ne veut pas , mais au final sait ce que veut ...  / ça c\\\'est pour la complexité des sentiments féminins en rapport avec ses envies ou aspirations ...<br /> Ensuite, je souligne qu\\\'aujourd\\\'hui les rapports humains sont devenus complexes en raison du  taux d\\\'intellectualisme que l\\\'on met dans nos affirmations ou nos réponses au cours d\\\'une conversation ... On ne sait pas toujours à quel degré il faut prendre ce qui est exprimé de la sorte<br /> Et c\\\'est bien pour celà que, personnellement, n\\\'étant pas une "tête"aussi bien formée et ayant une érudition disons élémentaire, voire moyenne , je me qualifie de naïf ...<br /> Ce qui n\\\'empèche que votre personnage est attachant et bien de son temps...<br /> Merci pour votre visite au "Mirebalais Indépendant"<br /> Bien amicalement <br /> Patrice Lucquiaud  ce Farfadet
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L
l'étenel féminin... un soupçon de schizo : Veui ce que ne désir pas, ... désir ce que ne veutx pas... mais au fianl sait ce que veut ... aux autres de le comprendre ...<br /> Effectivement aujourd'hui on ne prend plus rien au 1er degré mais plus suvent au 2ième, au 3 ième ...<br /> Pourquoi faire simple quand on peut compliquer ...<br /> Farfadet le naïf ...<br />  <br />  
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D
bah ma foi la seule chose que vous avez aimé n'est pas de moi ;-)<br /> Il s'agit, comme tous les titres de mes fragments, d'une citation. Cette fois c'est de Jean Anouilh, la voici en entier :<br /> "Nous vivons dans un monde qui a complètement perdu l'usage du point-virgule, nous parlons tous par phrases inachevées, avec trois petits points sous-entendus, parce que nous ne trouvons jamais le mot juste."<br /> Merci pour vos critiques, je vais réfléchir à tout ça, essayer de m'améliorer...<br />  
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B
bah attend Alti, elle a sûrement une grande personnalité à nous faire découvrir au fil du temps!!!!! lolj'adore le titre, aussi!!Quant au fragment... Moui... Pas super intéressant, mais l'écriture se lit bien
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A
Une Suzanne qui ne se révèle que très peu... Je reste sur ma faim, mais l'appétit est là. Je regrette un peu le manque de saveur des personnages secondaire qui, un peu comme Suzanne, finalement, n'ont pas beaucoup de personnalité. Ceci dit l'écriture est fluide et agréable, plus légère dans ce fragment ci, ce qui n'est en rien un probleme cela dit. A suivre...
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