Petit échec
Tours
Léopold
« Vas-y, Léo. » Marie m’offre un regard amoureux. J’essaie de lui rendre, et je suis presque surpris qu’elle n’arrive pas à voir tout le mépris qui se cache au fond de mes yeux, tant il est puissant. Elle embrasse ses doigts, et les dépose sur mes lèvres. J’ai un petit mouvement de recul, que je parviens à dissimuler plus ou moins. Je ne l’ai pas embrassé de la nuit, et j’ai réussi à échapper à ses tentatives. Je suis simplement resté couché contre elle, son bras par-dessus mon corps, ses seins contre mon corps, son bassin contre le mien. Ce n’était pas si désagréable. Elle sentait bon. Mais malgré l’immoralité dont je me targue, je suis presque dégoûté de la légèreté avec laquelle elle désire tromper Alexandre.
« Marie. »
C’est lui. Il vient d’arriver derrière elle, la tient par le bras, me regarde avec des yeux brillants.
« Marie. Je t’aime. »
Elle se retourne, et l’embrasse, juste devant moi. Lui ferme les yeux, et je vois qu’ils sont humides. Puis il les rouvre, sans interrompre le baiser, et me regarde d’un air étrange. Marie se recule et le jauge. Je ne peux pas voir son visage, je ne sais pas ce qu’elle communique. Je ne comprends pas ce qu’il y a entre eux en ce moment même. Alexandre a un maigre sourire et me sert la main. Ils restent tous les deux silencieux, comme s’ils n’avaient plus besoin de son pour se parler l’un à l’autre.
« Vas-y, Léo.
- Ok. A tout à l’heure, vous deux. »
Je ne suis pas très à l’aise. J’ai peur que Marie me rejette en se disant que je n’ai eu aucun scrupule à dormir dans ses bras malgré Alexandre. Ce serait trop bête que tout soit gâché alors que ça décollait de la sorte, alors que l’expérience battait son plein. Tant pis, poursuivons. Je m’approche de Georges, qui discute avec quelques autres personnes de la classe qui ne font pas partie de la bande, et qui me considèrent donc toujours comme le muet désagréable de service.
« Georges, je peux te parler deux secondes, s’il te plaît ? »
Il me regarde en souriant, et acquiesce, en me serrant la main. On s’écarte un peu du groupe.
« Ecoute… pour ce qui s’est passé pendant les vacances… j’suis vraiment désolé… »
Il a un petit rire.
« Ecoute, Léo. J’vais te dire quelque chose. Je t’aime pas. Je t’en veux pas pour ce qui s’est passé pendant les vacances, parce que je me fous de toi. Je ne te crois pas, quand tu viens comme ça vers nous, soudainement tout gentil. C’est pas vrai. Je fais semblant d’accrocher pour faire plaisir à Marie, parce qu’elle est accroc à toi, comme t’as pu le voir. Mais c’est pas mon cas. Alors je continue de faire bonne figure avec toi quand elle est là, pour ne pas lui faire de peine, parce que je tiens à elle, mais sache juste que, jusqu’à preuve du contraire, je ne t’aime pas. »
Il a continué de sourire pendant tout son discours. Je suis soufflé. Je ferme ma bouche que j’avais laissé entrouverte, avale ma salive. J’hésite. Je lui mens, je joue l’innocent ? Ou je lui donne raison ? Je ne crois pas que, si je lui donnais raison, il le répéterait, puisqu’il est déjà convaincu que je joue la comédie. Comment peut-il le savoir ? Ce n’est pas normal. Finalement, je me mords la lèvre inférieure en laissant s’échapper un « ok, désolé… », et m’éloigne en traînant les pieds. A interpréter comme on le souhaite. Amuse-toi avec ça, Georges. Pour ma part, je me demande si je ne vais pas me mettre à te respecter.
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