Corps et Esprit

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian

Mes doigts courent sur le clavier, effleurent les touches et les pressent comme on userait d’un instrument avec subtilité. En quelques jours à peine, j’arrive à ne plus regarder que l’écran, où les symboles apparaissent un à un et dessinent les tableaux noir sur blanc de mon imagination.
Arthur a grandi et oublié. Mon personnage a désormais quinze ans et, autant que possible, essaie de vivre comme un garçon normal. Car Arthur n’est pas un garçon normal, comme dans toute bonne histoire nécessitant un personnage paria. Ici, le paria est le descendant d’une lignée de dieux antiques, échoué à l’aurore du vingt et unième siècle. Je me vide de mes pensées noires en lui, je me purifie. Quel plaisir que de lui infliger de la douleur, quelle jouissance que de le regarder souffrir et se tordre sous l’action de mes mots. Et quel accomplissement que de lui insuffler la vie !
L’écriture me donne la sensation transcendante d’accomplir quelque chose de grand, de sublimer le sens de ma vie. Lola, allongée sur mon lit pour réviser ses partiels, regarde mon corps qui pianote, penché sur l’ordinateur. Quel beau cadeau m’as tu fait, Papa… Le wifi me permet de me connecter au monde entier, et j’aime à me brancher sur le Réseau, aller et venir d’un site à l’autre, sans savoir ce que je cherche. J’enrichis mes connaissances et donne plus de corps à mon histoire.
Les contusions sur mon visage commencent à s’effacer, mais les médecins, bien qu’inquiets à cause de mon trauma crânien, m’ont laissé rentrer chez moi. Lola m’a convaincu de ne pas porter plainte ; au fond, peut-être a-t-elle senti de la détresse dans l’acte de Jed. Peut-être l’a-t-elle même compris. De toute façon, porter plainte nécessiterait de se plier au Papier, et je n’en ai aucune intention.
Je m’immerge alors dans l’encre virtuel ; mon esprit, devenu code informatique, se libère.
Je n’ai plus de corps.

Rue sombre, vapeur de froid qui s’élève en colonne, atmosphère baignant dans un liquide glauque. Arthur quitta le lycée ce soir là en prenant le chemin de tous les jours, sans savoir que cette route s’appellerait désormais le sentier d’une vie nouvelle. Il avait senti la présence de ce type qui le suivait depuis un moment. Cela faisait partie de ce potentiel qui vivait en lui. Il percevait l’odeur de son souffle à plusieurs mètres, la chaleur de son sang et le rythme de son cœur battant. Arthur sentait cela. Il hâta le pas, la silhouette se découpant de manière effrayante sous les réverbères blafards. Il aurait voulu courir, mais la peur grandissante paralysait ses membres. Le courage n’a jamais été un don. A mesure que l’autre s’approchait, Arthur commença à ressentir quelque chose de nouveau. Une sorte d’harmonique qui se jouait en lui, et se superposait à celle qui émanait de l’autre type. Plus il se rapprochait, plus les deux harmoniques s’accordaient l’une à l’autre. Comme s’ils étaient semblables…
Arthur se retourna

« J’en ai marre de réviser. »
Je sens mon esprit se raccrocher à mon corps et s’imprégner de la réalité tangible, à laquelle il lui faut se réadapter durant quelques secondes. Je me retourne vers Lola, allongée sur le ventre devant ses cours, la tête nonchalamment posée sur la paume de sa main renversée. Je me lève et la rejoint, entourant son corps de mes bras pour l’enlacer doucement. Nos lèvres se retrouvent et oublient, avec délice, la torture permanente et invivable de notre condition d’esprits.
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Publié dans Julian

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B
Julian a réussi à me faire oublier l'Arthur que je connais pour m'imprégner de son Arthur, et ça, c'est déjà pas mal...en tout cas, je trouve que Lola a de la chance, parce que si on osait m'interrompre pendant que j'écris, je n'irais sûrement pas embrasser tendrement l'auteur du crime !!et moi je suis pour les coms à deux balles, youhou !!!! :p (oui ça c'est parce que je suis forte à ce jeu-là!! lol)
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A
Merci Bet :)
S
J'aime un max. C'est fluide, agréable, cohérent, tout quoi, bla bla..
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A
Merci Shed ;)C'est moi ou, par rapport à avant, les coms deviennent plus intéressants, plus axés sur le travail que sur des blagues à deux balles écrites en langage sms?... :) C'est bien, continuons ainsi !
C
merci lol <br /> s'associer ct? ;)
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A
Oui, pourquoi pas hein? :)
A
Yes ^^ J'adore :) j'adore le récit encastré, j'adore ce que devient Julian, c'est très bien :)
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A
Si ça te plait, alors je suis vraiment bien content :)
M
Ah notre Juju se met doucement mais sûrement à l'écriture... Ca nous promets encore de belles aventures tout ça !Et je peux te dire mon cher Altanounet que le fait que tu écrives moins souvent rend chacun de tes écrit plus savoureux que le précédent ! Vivement la suite :)
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A
Merci Min, et c'est un peu pour ça aussi que j'ai freiné mon rythme ; histoire de vous donner envie de lire le précédent plus que de vous dire "merde j'en ai encore 20 en retard..." :)En tout cas je suis fier de moi car j'ai trouvé une super idée pour la suite des événements et la continuité du fil à Julian ;P