Jérôme

Publié le par Alsciaukat

Saint Avertin
Léopold

J’observe mon père, assis dans le divan, ni droit ni trop avachi, le visage éclairé par les lumières dansantes de la télévision. Il a dû être vraiment beau. Il est encore assez puissant, mais je ne sais pas d’où vient cette conservation, pour le peu d’activités que je lui connais. Des rides parcourent son visage, signes d’une vieillesse prématurée, et au fond de son regard brille cette étincelle que je hais, ce petit fléchissement des sourcils qui lui donne une expression presque permanente de chien battu, même quand il rit. Quelle faiblesse, quelle incapacité à se ressaisir, à aller de l’avant… Il est mort avant l’âge, tout est éteint en lui. Son sourire fend le cœur au lieu de réchauffer.
Devant le poste, il se laisse aller ; il ne fait plus bonne figure comme devant ses collègues ou mes grands-parents. Le téléfilm un peu triste lui donne l’occasion de laisser couler une larme qu’il essuie aussitôt. Il vérifie que je n’ai rien vu, pour finalement se rendre compte que ça ne m’a pas échappé. Il a un petit rire qui s’approche plus de la manifestation d’hystérie dépressive que de celle de joie, penche la tête sur le côté, l’air de dire « Hé oui, ce n’est qu’un téléfilm, mais ça m’a fait pleurer un peu, c’est bête, hein ? », et tourne à nouveau les yeux vers l’écran, pour se replonger dans l’histoire et surtout ne pas avoir à soutenir mon regard.
Pour ma part je n’ai pas envie de suivre cette intrigue ridicule et stéréotypée. Je pense à Marie. Et à Alexandre, du coup. Ils m’étonnent. Ils sont étranges. J’aimerais bien être avec eux, plutôt que perdu dans l’ambiance morose du salon. Je me lève.
« Bonne nuit, Jérôme.
- Bonne nuit Léo. Arrête de m’appeler Jérôme. »
Je ne réponds pas. Je monte les escaliers, bifurque à droite en haut pour pénétrer dans la salle de bain. Je me mets face au miroir, auquel j’adresse une grimace habituelle. Stupide reflet. Petit ange, petit blondinet. Dentifrice. Lavage. Rinçage. Efficacité. Je regagne ma chambre, me dévêts pour enfiler ma tenue de nuit, simple caleçon. Je saisis mon livre de chevet, Un amour de Swann, que je relis pour la troisième fois pour le français. Bien écrit, assez agréable à lire, bien qu’au final un peu vain… de quoi remplir ma soirée.
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Publié dans Léopold

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B
c'est bien, on découvre le père (ouverture sur la Branche Famille, comme dirait Alti :p lol)mais pfffff... il va quand même pas devenir sociable, notre petit Léo ???? je m'y oppose !!!!! lol
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A
Merci à vous trois ^^Moi j'ai bien aimé Un amour de Swann :) Je trouve ça réellement chouette ! Mais j'étais sûr que tu bondirais au plafond, Alta, en écrivant cela :P Et sinon oui, j'ai effectivement suivi tes conseils :)
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S
Bien écrit. Je reconnais facilement une partie de mon père.
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A
Là ç'en est trop, cette petite remarque bien acerbe à l'intention de La Recherche, ça m'a fait un haut le coeur. Sale petit con de Léopold, vivement que tu te casses la gueule :PSinon, je vois que tu as suivi mes conseils en ce qui concerne la synesthésie, de plus tu as ouvert un peu plus la Branche Famille, tout en laissant la voie non entièrement explorée. Allez, plus que deux ;)
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N
Preumz^^bien écrit ! mais j'ai lu "un amour de Swann", et j'ai détesté ! je ne dois pas être un adepte de Proust...
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