Le résonnement du tambour

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian

julian_r__el___talement.jpgMes yeux s’ouvrent d’un coup, d’un seul, et je sais que je suis en retard. Je me dégage des bras de Lilian qui maugrée, son visage renfrogné tacheté de lumière filtrant à travers les volets.
« On est où ? me demande-t-il.
- Merde Lilian, je suis en retard j’ai pas le temps. »

Louis se met à rire en me voyant arriver, essoufflé, la figure rouge et en sueur, les cheveux en vrac ébouriffés sur la tête.
« Excuse moi, je lui dis, en baissant les yeux. J’ai changé d’appartement et j’ai oublié de mettre mon réveil ce matin, enfin tu vois, je suis…
- C’est bon votre seigneurie, lance Louis en souriant, vous êtes tout pardonné… Ca peut arriver d’être en retard. Tu peux t’occuper de la plonge ce soir, pour la peine ? »
J’acquiesce sans respirer. Louis s’éloigne un peu pour aller surveiller Géraldine. Aux environs de onze heure, comme chaque matin, on voit la vieille Michelle débarquer avec son panier. Elle nous a apporté, pour l’occasion, quelques bouquets de muguet à disposer dans des verres, qui répandent dans le bar leur fragrance blanche et forte.
« Je les ai acheté à un monsieur en venant, me glisse-t-elle à l’oreille pour répondre à mon air interrogateur, tu te doutes bien que je n’allais pas me rendre en forêt pour cueillir tout ça ce matin ! »
Vibration contre ma cuisse. On m’appelle, mais le numéro m’est inconnu. Je décroche en vérifiant que Louis ne me regarde pas, mais il semble trop occupé à réprimander Géraldine pour se préoccuper de moi.
« Allô, Julian ?
- Oui, c’est qui ?
- Zoé, tu te souviens, on a passé le jour de l’An ensemble chez Christelle. »
Une grande maison à Talant. Christelle. Bouche au parfum d’amande. Jolie. Jed. Miroir. Salle de bain. Sang. Ses poings sur moi qui s’abattent et la fille qui hurle ; c’est Lola. Agrippée au bras du loup garou en furie. Lola avant tout ça. Non. Revenir en arrière. Cette fille qui fait des grimaces avec Lola, elle est complètement saoule. Encore en arrière. Une voiture en trombe dans l’Avenue Victor Hugo. Lilian, son ami, Lola et moi. Un type qui conduit la voiture, et sur le siège passager, une fille. La fille aux grimaces. Petite et pétillante. Zoé.
« Je me souviens.
- C’est grave Julian, il y a un problème avec le bébé. Lola est à Saint Lucas. »

La porte de l’appartement claque derrière moi en se refermant. Lilian est assis sur le canapé, devant la télévision, à regarder les deux derniers candidats à la présidence de la République se démener pour l’emporter l’un sur l’autre. Pourvu que ce soit elle.
Je vais m’enfermer dans ma chambre, pour que la voix de Zoé puisse enfin cesser de résonner dans ma tête avec les sons du tambour infernal ; je compose le numéro de Lola. La sonnerie retentit, comme une autre percussion, je joue distraitement avec ma gourmette. Mes doigts transpirent sur les chiffres gravés dans le métal.
« Allô ?
- Lola, c’est Julian…
- Je sais, ca va, le bébé va bien.
- Bien, d’accord, c’est ce que je voulais savoir…
- Oui, tu le sais maintenant.
- Et toi… Ca va ?…
- Ca va.
- Ok, alors… je te laisse Lola, soignez vous bien… »
Je vais m’installer sur le canapé, à côté de mon frère. Le tambour a repris. Il a frappé dans ma tête toute la journée, et ce soir, à la plonge, il a failli me rendre fou.
Il s’estompera peu à peu désormais. J’ai cru, j’ai espéré… mais non.
Ensevelie sous des kilo-tonnes de terre noire.
Je m’endors sur l’épaule de Lilian.

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Publié dans Julian

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Commenter cet article
M
Bon je suis pas archi objective, mais c'est vrai que ce coup de téléphone "termine" quelque chose je pense.<br /> Quelque chose que Julian et Lola avaient laissé en suspens peut-être trop longtemps ...<br /> La boucle est bouclée, place à la suite .
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A
Très juste. On va pouvoir passer à autre chose.
A
Ah, la réponse était donc ici !... ça valait le coup d'attendre !<br /> <br /> Ca fait... waw, ça fait bizarre ^^" Julian qui se rappelle, comme ça. Je crois que quelque part ça me fait du bien, que ça m'était toujours resté en travers de la gorge, un peu, cette histoire, et là, ce coup de fil, ça me libère. J'imagine vraiment bien sa voix, au téléphone, sa gêne, le fait qu'il ne sache pas vraiment quoi dire. Dialogue court mais vraiment chouette. Et Lilian qui prend des pelletés d'importance ! (Arf le thème de la terre me reste en tête...)
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A
Merci Alsciounet, content que ça t'aie plu :) Joli com en plus ^^