Une Voix Aigre dans la Tête
Dijon
Julian
Très bien. Tu ne veux pas de moi, beau dieu ? Je n’en vaux pas la peine ? Alors, pour la peine, je vais décanter le poison, le distiller et l’extraire de mon cœur à jamais : je vais te mépriser, te détester, te haïr. Tu es insignifiant, pas assez grand pour te mesurer à moi. Tu ne me mérites même pas.Vraiment ?
Sale petite voix aigre dans ma tête, laisse moi en paix ! Je le méprise. Il n’est rien à mes yeux.
Vraiment ?
La ferme ! Tu ne sais rien de moi !
Vraiment ?
Tu es moi… mais tu n’es pas moi ! Tu es… Tu es je, mais un autre je. Je… suis tu ? Tu… je… Je m’y perds… Nous ? Toi et moi, moi et toi, deux facettes dans un même être ? Non, non je ne veux pas y penser. C’est trop dur, ça me fait mal au crâne. Aérer, aérer dans ma tête, ne pas laisser croupir les pensées mazout qui stagnent dans mon cerveau. Beau dieu, je ne peux pas lutter contre toi, alors je vais t’enterrer dans mes souvenirs perdus, t’asphyxier sous des tonnes de terre noire, enclore ton image dans une urne scellée, et t’y laisser pourrir avec… Non, ne remontez pas en surface, ne laissez pas vos ongles sales chercher la sortie hors de vos tombes dans mon cimetière cérébral… Vous m’avez fait trop de mal. Et toi, non pas toi…
Le livre est posé sur ma table de chevet. C’est La Nausée, de Sartre. Il est là, posé de manière insignifiante. Comme un défi. Il m’attend. Il transforme mon temple du sommeil. L’air que je respire, ses va et vient dans mes poumons ; des bouffées lourdes, comme une vapeur de plomb. La lumière du jour aussi, fade, blafarde, obscure. Une sorte de coulis dégoulinant qui me répugne. Elle suinte, la fenêtre en dégueule des rayons bouche grande ouverte. Une lumière vomissure aux commissures de ses battants de bois. La matière. Elle se fait poreuse, friable. A travers elle, le dégoût à l’état liquide circule comme un sang huileux, poisseux et malodorant.
Le livre est posé sur ma table de chevet. Il est posé de manière insignifiante.
Je vais à la fenêtre en évitant le Miroir. Je ne suis pas prêt. Je ne pourrais pas affronter tout ça à nouveau. Pas encore. Je ne suis pas assez fort.
Vraiment ?
La ferme.
Vraiment ?
La ferme !
Vraiment ?
Ta gueule je te dis !
Vraiment ?
On voit que tu me connais mal…
Vraiment ?
J’allume ma chaîne. Je lance la musique à fond, pour qu’elle emplisse ces murs et chasse la voix aigre qui résonne dans ma tête. Je ne suis pas encore assez fort.
Requiem for a dream.
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