Peur froide

Publié le par Altaïr

Dijon
Julian

« Vous vous êtes protégés ? »
Merde Nalvenn. Merde. J’ai rien d’autre à te dire.
« Julian, est-ce que vous avez fait ça sans préservatif ? 
- Merde Nalvenn. »
Elle me regarde de l’autre côté du rideau de costumes qui pendent sur les cintres du rayon. Ses yeux se font blizzard dans le magasin et me foudroient.
« Non Julian, tu n’as pas à me dire merde. Tu as rompu avec Lola, ok. Je n’ai aucun jugement à porter là-dessus, même si je ne comprends pas pourquoi tu as fait ça alors que tu l’aimais. Après tout ça ne me regarde pas, hein ? C’est toi qui dirige ta vie. Mais dans deux jours je me marie, et j’aurai à côté de moi mon meilleur ami qui ne sait pas si il est séropositif ou non, tout ça à cause d’une connerie de soirée avec ce connard de Jonathan. C’est moi qui ai envie de te dire merde tu vois. Merde, Julian. »
Sa voix se met à trembler. Une froideur de verglas se répand autour de nous.
« C’est pas parce qu’il est gay qu’il a le sida, dis-je pour la rassurer.
- Tu sais très bien que c’est une population à risque. Julian il faut que tu ailles faire un test de dépistage.
- Ok, j’irai quand j’aurai le temps.
- Non, il faut que tu le fasses aujourd’hui !
- Oui Nalvenn, oui ! Laisse moi au moins le temps de payer mon costume, j’ai rien à me mettre pour ton foutu mariage.
- Mon foutu mariage t’emmerde, tu sais. »
Nous sortons du magasin sans rien dire. Mon costume dans un sac. Le froid dans l’air a gelé nos cœurs. J’ai envie de lui dire que je suis désolé, que je ne le pensais pas. Mais l’angoisse qu’elle a glissé en moi me contamine peu à peu. Peut-être que Jon m’a refilé quelque chose, oui, et peut être que c’est grave. Je ne sais pas ce qui nous a pris. Sur le moment, je ne pensais à rien. Je ne me suis même pas rendu compte de notre inconscience. Que vais-je devenir si je suis…
Nous arrivons sur la place de la Libération. Un grand cône blanc se dresse dans une broussaille de petits sapins blanchis, à côté d’une énorme bulle en plastique transparente, au centre d’un arc de cercle de maisonnettes en bois. C’est le marché de Noël qui achève de s’installer.
« Sylvain arrive en train demain soir de Besançon, me dit froidement Nalvenn.
- Ah bon ?!
- Tu peux l’héberger chez toi ?
- Je n’ai pas beaucoup de place dans mon appart, tu sais.
- Moi non plus, et on a toujours Mathieu à la maison. Si tu ne veux pas c’est pas grave, je trouverai un autre moyen. »
Sylvain… Voilà bien longtemps que je n’ai pas vu ! As-tu changé ? Reconnaîtras-tu en moi le Julian que tu connaissais ? Le Julian d’avant le Clan de Maïa et Sethi, le Julian guilleret, un petit étudiant tout frais qui ne concevait pas combien le fait de sourire pouvait être difficile… Me reconnaîtras-tu ? Où bien le temps a-t-il fait de moi un autre être ?…

Publié dans Julian

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B
je trouve ça dingue qu'elle se marie si jeune.... et oui, Julian, t'as fait une connerie, mais qui n'en fait pas?? Ce qui me semble bizarre, c'est qu'il ose se prononcer à lui-même les mots "le clan de Maïa et Sethi"...
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A
Pourquoi cela te parait il bizarre? Maintenant que c'est déterré...
M
Ce frag tombe à pic mon Nova d'amour !En cette journée spéciale contre le sida qui touche toujours autant de monde et continue à les faire mourir, on ne le dira jamais assez, hétéros comme homos : <br /> Vivez assez longtemps pour trouver le bon/ la bonne : PROTEGEZ VOUS !<br /> Voilà !
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A
Je le savais même pas en plus que c'était le sidaction quand j'ai écris le fragment. Ca tombe à pic, en effet !